Les Gobelins, Ecole de l’image [nl]

Gang de requins, Les Triplettes de Belleville, Kirikou... On retrouve les anciens élèves des Gobelins, l’école de l’image, sur les plus grands succès français et étrangers du dessin animé. L’école d’animation la plus réputée livre quelques-uns de ses secrets de fabrication de génies !

Voici un endroit dont on n’a pas besoin de forcer la porte. Une fourmilière de passionnés, ravis de parler de leur travail, de faire visiter les salles de cours où de jeunes gens concentrés sur leurs ordinateurs créent des personnages surprenants, des décors somptueux, de s’extasier avec le visiteur devant les extraordinaires dessins d’élèves qui recouvrent les murs. Car ils en sont fiers, de leurs étudiants, les responsables de Gobelins, l’école de l’image.

Leurs poulains ont noyauté les studios du monde entier, inondé les écrans de leurs œuvres, répandant partout la réputation de l’école, tel Eric Bergeron, coréalisateur de Gang de requins aux studios américains Dreamworks, créés par Steven Spielberg, où exercent également nombre d’autres animateurs issus de l’école. Le succès mondial de séries télévisées comme Code Lyoko, dont les personnages ont été créés ici même, a aussi fortement contribué à la renommée de cette formation. Aujourd’hui, pour la première fois, quelques anciens étudiants sont admis dans les studios japonais, temple du dessin animé. Et si cet accès reste limité, ce n’est pas par manque de compétences techniques, mais parce que les postulants doivent parler japonais !

Le bâtiment du 73 boulevard Saint-Marcel, dans le XIIIème arrondissement de Paris, a d’abord abrité, il y a 72 ans, les « métiers féminins », chapeaux de paille, plumes et dentelles... Ensuite, Gobelins s’est ouverte à l’imprimerie, puis à la photo, au graphisme, et au multimédia, formation là aussi à la pointe pour 16 élèves privilégiés qui réalisent des produits interactifs, des sites internet, des CD ROM, qui ont été les pionniers des jeux vidéos sur mobiles, en plein développement, et qui viennent pour la seconde fois de rafler le prestigieux prix du « Top Talent Award ».

Formation initiale, continue, en apprentissage, l’école regroupe, ici et sur un autre site, 650 élèves d’horizons et de sensibilités variés : « Nous sommes très attachés au travail d’équipe, à la mutualisation d’univers différents. C’est l’une de nos richesses », souligne le directeur, Tristan Gillouard.

Cependant, la formation principale, qui s’est beaucoup développée, c’est l’animation. Jean-Pierre le Bourhis, chargé de la communication, revient sur l’histoire d’une belle réussite : « Lorsqu’il y a 30 ans, l’industrie du cinéma d’animation a commencé à se structurer, c’est ici qu’a été créée la première formation. L’école a su ensuite accompagner le grand décollage des années 1980, dû en partie à la multiplication des chaînes de télévision et des émissions jeunesse, qui a conduit la France à devenir le premier producteur européen et le troisième au monde ».

Gobelins est une école de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, ce qui explique qu’elle a toujours pu connaître les besoins des entreprises, très présentes dans ses instances. Ce qui lui vaut aussi, l’art n’excluant pas le pragmatisme, des frais de scolarité réduits et un taux de placement record à la sortie ! « Nous avons également toujours « collé » aux révolutions technologiques, ajoute Eric Riewer, responsable du département cinéma d’animation. Aujourd’hui tout est fait de plus en plus en 3D, sur ordinateur. Nous formons des animateurs, le métier le plus rare, le plus difficile, qui demande technique, compétence, savoir-faire. Nos élèves ont leur univers, mais ils sont aussi capables de s’adapter à d’autres univers graphiques, d’entrer dans une chaîne de fabrication avec une grande rigueur et une forte maîtrise technique ». Cependant, la 3D ne remplaçant pas l’artiste, le talent créatif est toujours privilégié : « nous n’avons jamais renié notre spécialité, le dessin », souligne Eric Riewer.

S’ils sont capables d’initier et de réaliser un film, les élèves de la section cinéma d’animation ont en effet surtout un sacré coup de crayon ! C’est d’ailleurs le premier critère de la sélection qui permet à 25 élus (sur 850 candidats !), souvent issus d’écoles d’art, d’intégrer la prestigieuse école où l’on met tout en œuvre pour que ces génies en herbe deviennent grands. On leur offre le meilleur matériel, les meilleurs enseignants français mais aussi des intervenants du monde entier, comme Glen Keane, des studios Pixar, le créateur de Tarzan et des Indestructibles. Le mode d’acquisition propre à l’école, à base d’exercices progressifs, leur permet d’épanouir leur inventivité, comme en témoignent les courts-métrages, petits bijoux de poésie, d’originalité, de concision et d’humour qu’ils réalisent pour l’ouverture du festival d’Annecy, grand-messe française de l’animation. Ils collectionnent les prix, y compris celui du jury à Los Angeles, la distinction la plus prestigieuse dans le domaine...la « French Touch », quoi !

Sylvie Thomas, Actualités en France 66/07

Site Internet de l’école : www.gobelins.fr

Dernière modification : 22/03/2011

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