"Les Européens doivent s’engager davantage pour renforcer la paix au Mali" [nl]

Tribune de Bert Koenders, ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas et de Laurent Fabius parue dans "LeMonde.fr" (22 juin 2015)

Le processus de paix au Mali entre cette semaine dans une phase déterminante. Dans cette perspective, nous appelons toutes les parties concernées à assumer leurs responsabilités dans la mise en œuvre de l’accord de paix et nous lançons un appel à nos partenaires européens à contribuer davantage à la Minusma.

Le Mali détient lui-même la clé d’une paix durable sur son territoire. La médiation de l’Algérie et le soutien de la communauté internationale ont permis de parvenir à un accord de paix équilibré. Il importe désormais que toutes les parties maliennes le signent. Le gouvernement de Bamako et une partie des groupes armés l’ont signé le 15mai dernier ; de son côté, la Coordination des mouvements de l’Azawad a annoncé qu’elle ferait de même le 20juin. Nous l’y encourageons vivement, car c’est un texte signé par tous qui formera une base solide pour travailler à une paix durable, indispensable au développement du Mali et du Sahel dans son ensemble.

Il s’agira ensuite de veiller à une mise en œuvre de bonne foi de cet accord, de sorte que la population malienne puisse percevoir les dividendes de la paix rapidement. Cette responsabilité incombe en premier lieu aux acteurs maliens, et le gouvernement et les groupes armés doivent retrouver la confiance mutuelle qui seule permet d’avancer. Les responsables des partis politiques ont aussi un rôle important à jouer, de même que la société civile, et notamment les femmes et les jeunes. En un mot, la réconciliation est l’affaire de tous les Maliens.

L’intérêt européen

En assumant leurs responsabilités, nos partenaires maliens permettront aussi à la communauté internationale, et notamment aux Nations unies et à l’Union européenne, de mieux les soutenir. Fin juin, le Conseil de sécurité doit renouveler le mandat de la Minusma et le recentrer sur le soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix. L’Union européenne continuera également à jouer un rôle important grâce aux différents instruments dont elle dispose : soutien politique, projets de développement et poursuite des missions de formation et de renforcement des capacités. Différents Etats-membres de l’Union européenne sont également très présents, notamment à travers l’aide au développement.

Parallèlement, nous encourageons nos partenaires européens à contribuer davantage à la Minusma. La France est venue au secours du Mali en janvier2013 avec le déploiement de la mission Serval, et elle est actuellement présente dans la région dans le cadre de la mission Barkhane. Au printemps 2014, les Pays-Bas sont passés à leur tour à l’initiative avec un déploiement de 450 soldats au sein de la Minusma ; la Suède les a suivis cette année. D’autres États membres, dont l’Allemagne, l’Espagne ou la Belgique fournissent une contribution importante à la mission de formation de la nouvelle armée malienne, sous la bannière de l’UE.

Aujourd’hui, il paraît nécessaire que la participation européenne à la Minusma soit accrue. La crise au Mali touche en effet aux intérêts de l’Europe entière, au travers de la montée du terrorisme et de l’amplification des flux de migrants, et la mission de l’ONU joue un rôle essentiel dans la stabilisation du Mali et, indirectement, de la région. Or, les pays européens disposent de capacités indispensables aux Nations unies, qui opèrent dans un environnement difficile : le Mali est plus grand que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne réunis, et la sécurité demeure dégradée.

Sécurité commune

Les pays européens pourraient ainsi, en appui aux contingents onusiens composés principalement de troupes africaines et asiatiques, fournir des troupes bien formées et des capacités de qualité, dont des unités de renseignement, des forces spéciales et des hélicoptères de combat. Grâce, aujourd’hui, à la capacité de renseignement apportée par les Pays-Bas et la Suède, la Minusma peut prévoir des scénarios et faire un usage plus efficace des moyens dont elle dispose. Il est indispensable que les pays européens prennent leurs responsabilités pour continuer à la renforcer.

Dans de nombreuses situations de conflit, les missions des Nations unies sont le seul moyen à la disposition de la communauté internationale. Un panel de haut niveau présidé par José Ramos Horta, prix Nobel de la paix, a présenté des recommandations en vue d’une réforme de ces opérations. Nous sommes convaincus que la modernisation envisagée poussera d’autres États européens à franchir le pas et à se ranger sous la bannière onusienne. Renforcer l’ON, c’est renforcer notre propre sécurité. S’impliquer en faveur de la paix durable au Mali, c’est aussi renforcer notre sécurité.

Bert Koenders est ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas et ancien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies au Mali.

Laurent Fabius est ministre des Affaires étrangères et du développement international de la France.

Dernière modification : 22/06/2015

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